LA NOTE D'INTENTION :
Chocolat Piment s’inscrit dans la grande tradition de la comédie de mœurs : celle qui prend appui sur une situation en apparence banale — un repas de famille, un anniversaire, quelques cadeaux — pour mieux en révéler les failles, les tensions et les non-dits. Christine Reverho excelle dans cet art délicat qui consiste à faire rire tout en grattant là où ça pique, à distiller les révélations avec une ironie jubilatoire, jusqu’à faire basculer le quotidien vers une vérité plus profonde, parfois cruelle, souvent tendre.
Ce qui m’a immédiatement séduit dans cette pièce, c’est la finesse de son écriture, la précision des caractères et cette mécanique redoutablement efficace du rebondissement. Chaque réplique semble anodine, mais contient déjà la promesse d’un dérapage à venir. Sous l’humour, l’auteur ausculte avec justesse les rapports familiaux, les illusions amoureuses, les compromis que l’on fait avec soi-même et les mensonges que l’on entretient pour tenir debout.
J’ai pris un immense plaisir à mettre en scène Chocolat Piment, d’autant plus que, pour une fois, j’ai choisi de ne pas être sur le plateau. Ce pas de côté m’a offert une vision extérieure précieuse, presque jubilatoire, et m’a permis de me consacrer pleinement au rythme, à l’écoute et à la respiration du spectacle. Travailler avec une troupe de quatre comédiens, qui sont aussi des amis de longue date, a renforcé cette liberté : la confiance, la connaissance mutuelle et le goût du jeu ont nourri un travail à la fois exigeant et joyeux.
La pièce m’a également permis de m’amuser pleinement avec ce que le théâtre offre de plus essentiel : l’unité de lieu, de temps et d’action. Cette unité, héritée de la « bonne vieille tradition » théâtrale, devient ici un formidable terrain de jeu. Elle resserre les enjeux, accélère les collisions émotionnelles et transforme la véranda de Paul en véritable champ de bataille intime, où chaque mot compte et chaque silence devient éloquent.
Enfin, j’ai retrouvé dans l’écriture de Chocolat Piment la saveur des meilleures comédies de Bacri et Jaoui : ce mélange subtil de drôlerie, de lucidité et de mélancolie, cette capacité à faire rire du pire sans jamais juger, à aimer les personnages jusque dans leurs contradictions. Le rire naît de la reconnaissance, de ce miroir parfois cruel mais profondément humain que la pièce tend au public.
Et lorsque tout semble dit, lorsque les cartes paraissent enfin sur la table, Christine Reverho se permet un dernier plaisir : un coup de théâtre final, aussi inattendu que savoureux. Un dernier éclat, où le chocolat peut devenir amer et le piment étonnamment doux.
C’est cette gourmandise là que nous avons voulu partager avec le public : une comédie vive, élégante, profondément humaine, qui amuse autant qu’elle questionne, et qui, une fois la lumière éteinte, continue de résonner longtemps après la dernière bouchée.
Dauré Yannick Metteur en scène